Archive mensuelle de juin 2010

Mon frère d’âme Mustapha

Je vous présente un petit texte poétique intitulé « Offrande » envoyé par mon frère d’âme et d’adolescence Mustapha (Mus Hamlat). Au lycée, à la fin des années soixante, nous étions inséparables, il déclamait des vers, faisait du théâtre, ressemblait à un pâtre grec (plutôt kabyle), écoutait Ferré, m’entrainait voir et entendre Jean Martinberg dire des textes qui me faisaient dormir mais je ne disais rien je ne voulais pas le contrarier. Moi, je lisais Nietzshe, Céline, Drieu ou Rebatet ce qui occasionnait parfois des débats houleux avec certains« grands révolutionnaires » de l’époque, c’étaient des accros Katmandou, Lennon, Kerouac, Pink Floyd, Sartre et autres, je me délectais à les provoquer en rajoutant une couche dans l’outrance de mes propos et Mustapha, tel un sauveur et connaissant le vrai fond de son pote, venait à ma rescousse me tirer du piège à vipères de ces, à l’époque, nouveaux talibans de la pensée. Sacré Mustafa, si différent de moi, mais si semblable pour la sensibilité à fleur de peau et la souffrance  intérieure…Ibara

(illustration: peinture intitulée le sage)

 Offrande

j’ai perdu de vie…Le jour et ses alentours…La nuit et ses décombres, le rêve et les cauchemars …Je reste dans l’ombre du soleil avec ses vagues noyées dans la lumière …Le monde ne nous appartient plus, malgré tous les efforts de la poésie… nous somme nus dans les déserts innommables, assoiffés de voix et d’eaux pures… Squelettes innocents apprivoisant la mort…  Je téléphone à la mort tous les jours, elle me répond:  «  rien à signaler de ce côté, ton soleil noir ne brille pas : tente la vie!… Ne touchez à rien, tout va bien laissez donc en paix les dictatures, les démocraties où la vie va si bien, ne bougez pas laissez les enfants mourir de soif et de faim laissez les milliards d’humains dans l’ignorance qui tue, ne dites rien, le silence est beau, si beau, ne dérangez pas les mots, ne dénoncez rien,tout va bien, gardez le pouvoir, bien au chaud,pendant que le massacre continu et vos affaires aussi… » Mus Hamlat (benali.mus@wanadoo.fr)

Vision d’une Babylone (peinture d’Ibara)

Aujourd’hui, j’ai choisi, comme « coup de coeur » une vision de NEW-YORK des années quarante par le frère du commandant Cousteau, le sulfureux  Pierre Antoine Cousteau

Je revois des foules confuses, estompées, qui grouillent dans un décor classique d’obélisques vertigineux, la ruée matinale vers le travail, la ruée nocturne vers le plaisir, le vacarme des rues encaissées où stagne une cohue d’autos plus lentes que les piétons, les bagarres féroces autour des portes du métro sur une litière de quotidiens énormes, abandonnés aux caprices du vent, les lumières de la ville qui hurlent l’érotisme, les carrés d’herbe chlorotique épargnés par le ciment armé, encombrés de chômeurs, le rush des gladiateurs du football en armures de cuir, les briques rosé sale de la 14è rue et le marbre étincelant de la 42f, les flâneurs parfumés de Riverside et les mauvais garçons sordides de l’East River, le vice, le labeur et l’amour de cette métropole frénétique, déconcertante et brutale où l’on se sent plus désespérément seul au milieu de sept millions de termines que dans la plus solitaire des thébaïdes…

Illustration: détail d’une très grande peinture de la série des Villes oubliées

Le pèlerin(texte d’Ibara)

« A trop fréquenter les hirondelles, j’ai fini par me brûler les ailes » dit l’ange au saint dont il est le gardien. Le saint ne répond pas, il lève les yeux au ciel, secoue son zizi, ferme sa braguette puis continue son chemin en récitant son chapelet…Ibara

Illustration: dessin humoristique intitulé un ange passe

« La chute »

       Midi…

      Un cri…

      D’une muraille, un enfant est tombé…

      Seul, un chat est là…

      Un chat, vieux comme un songe…

      Qui dort à l’ombre d’un arbre…

      Au bord du grand fleuve bleu…

      L’enfant, lui,  ne clignera plus des yeux…Ibara

      Illustration: détail grande peinture de la série des Villes oubliées



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