Archive mensuelle de juillet 2010

Le chien (texte d’Ibara)

Sur la photo: moi, petit, j’ai vraiment pas changé

LE CHIEN

Oran 1960. Un dimanche après midi. C’est l’heure de la sieste. Ma mère repasse. Mon frère est assis, il lit. Mon père est allé se coucher. Je joue par terre au jeu de construction. Tout est calme. Je savoure cet instant de répit. Juste, deux ou trois mouches qui tourbillonnent d’un point à l’autre de la pièce et qui vont, à plusieurs reprises, se cogner brutalement contre les carreaux des fenêtres de la salle à manger qui pourtant sont ouvertes. J’ai envie de me dégourdir les jambes. Je me lève et je vais sur le balcon. Il fait très chaud. L’immeuble en face est en plein soleil. Le notre est à l’ombre. Le boulevard en bas est désert. Personne dans les rues, à part deux soldat derrière des sacs de sable, ils montent la garde pour protéger le quartier. J’aperçois un chien famélique, la langue pendante, à la recherche, certainement, d’un coin de fraicheur ou d’un point d’eau. En voyant cet animal, j’ai de la peine, j’ai envie de pleurer. J’aime ce chien que je ne connais pas. Brusquement un coup de feu éclate. Je sursaute. Un petit cri suivi de deux petites plaintes. Le chien s’effondre. Il tremble. Une large flaque de sang, presque noir, s’étale sur le trottoir brûlant. J’entends des éclats de rire. Ce sont les soldats. Je suis pétrifié…Ibara

Un jour, nous serons tous des empreintes d’étoiles…Ibara

Un jour, nous serons tous des empreintes d’étoiles

 C’est ce que je pense aujourd’hui, peut-être parce que j’ai du vague à l’âme en ce moment et que je pense à tous ceux qui étaient importants dans ma vie et qui sont passés de l’autre côté…Ibara

ps: clip réalisé d’après ma série de grandes peintures intitulées Les empreintes d’étoiles

Un soleil dans l’oreille (texte et peinture d’Ibara)

Un soleil dans l’oreille

Un soleil dans l’oreille

 je m’éveille aux merveilles d’un monde qui sommeille

j’écoute l’odeur du silence

elle me parfume l’Esprit

multipliant mes chances d’être un jour surpris

par l’oeillade troublante

d’une chanteuse ambulante…Ibara

Illustration: détail grande peinture murale (format 10m/2m50)

La paella explosive! (texte et peinture d’Ibara)

La paella explosive

Oran, 1955, j’ai cinq ans. Comme à son habitude ma mère crie. Aujourd’hui, elle menace de ne pas faire à manger si elle n’a pas du persil arabe pour sa paella de midi. Des invités importants sont attendus. Mon père tente de la calmer. Mon frère pleure, il n’a plus sa tétine, on lui a supprimée il y a quelques jours. Ma mère s’énerve encore plus, c’est papa surtout qui l’énerve, elle ne supporte pas sa placidité. Autant il est calme, silencieux et introverti, autant elle est excitée, hystérique et extravertie. « Tu vas immédiatement me chercher du persil au marché arabe! » qu’elle ordonne « mais enfin! ce n’est pas indispensable », sa réponse la fait littéralement exploser, elle s’empare d’une assiette et la projette contre le mur, j’en reçois un morceau sur la tête et, sans en connaitre la signification mais l’ayant entendu dire, je pousse « un merde! » retentissant. Elle s’arrête net dans sa fureur et me regarde stupéfaite, la bouche ouverte, muette. Après un court instant d’inspiration, elle se rue sur moi, me saisit vigoureusement, fonce à la cuisine, ouvre un placard, attrape le bocal de piment de Cayenne et tout en me maintenant fortement avec son bras gauche, plonge sa main droite dans le récipient, prend une bonne dose de piment et me l’enfourne brutalement dans la bouche. La brûlure est instantanée. J’ai l’impression que ma langue s’est embraser et que ma figure va s’enflammer. Mon père rapplique par derrière  et essaie de me libérer, elle se retourne, lui crache dessus et lui balance un coup de pied, puis elle s’élance sur le balcon de la cuisine et me tient à bout de bras au dessus du vide (nous habitons au 3e étage). Je vois la rue dix mètres plus bas, ma bouche est en feu, ma vie est en jeu et je ferme les yeux. « Tu vas immédiatement me chercher du persil arabe ou je me jette du troisième étage avec le gosse! tu m’entends? ». D’après les invités, la paella fut excellente…Ibara

Illustration: détail d’une très grande peinture murale (format 10m/2m50)

Dans les méandres de mon âme (texte et peinture d’Ibara)

Dans les méandres de mon âme

Dans les méandres de mon âme, par endroits, sont blottis, les démons de l’oubli…

Monstrueux et calmes, ils sont prêts à bondir sur mes souvenirs des temps engloutis…

Il ne me reste que l’instant

une étincelle dans l’infini

 une parcelle d’éternité flottante dans le néant…Ibara

Illustration: grande peinture de ma série Les empreintes d’étoiles

Le miroir, le révolver et la phalange (texte d’Ibara)

Je suis devant, mon frère jumeau est en retrait

Le miroir, le révolver et la phalange

Oran 1957. J’ai à peine sept ans. Un soir du mois de juin. Je suis chez ma grand-mère. Il y a autour de la grande table du salon une partie de la famille. Je viens de faire rire tout le monde en imitant le toréador, mon frère jumeau faisant le taureau. Tournant le dos à un grand miroir au cadre doré, ma grand-mère est assise sur un large fauteuil rouge, je suis debout appuyé sur elle, je suce mon pouce. Assises autour de la table, les femmes parlent entre elles, moitié en français et moitié en espagnol. Leurs thèmes de prédilection ce sont les maladies et les médecins. A leurs yeux, ils sont des Dieux. Il y en a un en particulier qui est plébiscité, c’est le docteur Pardaillon, qui, en plus d’être médecin accoucheur, est un chirurgien de grand talent, un vrai Manitou, une véritable star. Il boite, mais cette claudication, loin d’être un handicap, accentue, au contraire, son charme, et, cerise sur le gâteau, il ressemble à Garry Cooper, le rêve pour toutes ces groupies. Devant lui, elles se pâment, frémissent et suintent des glandes. Elles en sont dingues du toubib, il les déboussole, les perturbe si fort qu’elles en mouillent leurs petites culottes. A part leurs maris, il n’y a que le médecin qui a le droit de les voir à poil. Alors, elles en profitent, elles accourent à la consultation pour se faire plaindre, parler de leurs petites humeurs, leurs petits tracas, leurs petites démangeaisons, leurs petites douleurs. Elles en rajoutent en pleurnichant un peu, tout en se faisant tâter le mamelon, l’hémorroïde ou le vagin gluant, des fois qu’une petite tumeur ne vienne se cacher sous les plis de leurs corps moites de désir, histoire d’intriguer le docteur, qui lui, pour se donner plus d’importance à leurs yeux ébaudis, en rajoute dans l’hypothèse, le doute, le probable. Il en devient tout sérieux, tout mystérieux, bien intime, bien compréhensif et tellement attirant. Enfin un homme, un vrai qui les comprend vraiment. Bref! Elles bavassent autour de la table alors que les hommes sont debout, entre eux. Dans un coin de la pièce, Jim, un chien berger dort paisiblement. Mon père au milieu de la bande montre un gros révolver ramené de la guerre. Une balle est coincée dans le barillet. L’arme passe de mains en mains. Chacun examine et triture l’engin. Un de mes oncles, un vrai baroudeur, se l’approprie et le tourne dans tous les sens. Il tente de faire tourner le barillet plusieurs fois et par trois fois il fait mine de viser en tendant le bras tout en appuyant à plusieurs reprises sur la gâchette, en vain, rien ne se passe. Il recommence une dernière fois et met son index devant le trou du canon. Une terrible détonation se fait entendre. Un vent brûlant frôle ma joue. Le miroir derrière moi éclate avec fracas projetant violemment des centaines de morceaux de verre. Le chien réveillé en sursaut hurle à la mort. Les femmes crient, les hommes gueulent. Ma grand-mère me protège de son corps. Mon père, affolé, m’arrache à elle et cherche à voir si je ne suis pas blessé. Mon oncle, la main en sang, court dans tous les sens à la recherche de sa phalange perdue. Sa femme s’accroche à lui en pleurs, tandis que les autres l’entraînent vers la porte pour l’emmener à l’hôpital. Une de mes tantes est allongée sur le sol et tremble comme une possédée. Mon frère la regarde hébété. Une autre, dans les pommes, se fait éventer par une cousine. Déjà, ma mère, munie d’un balai et d’une petite pelle, entreprend de nettoyer la pièce. Le temps passe et ne lasse pas le passant impatient…Ibara

Le chevalier des étoiles ( grand dessin d’Ibara)

Le chevalier des étoiles

Grand dessin (format 70cm/50cm) à la plume, encre de Chine noire et couleurs sur papier torchon intitulé le chevalier des étoiles. Ce dessin, retrouvé dans mes cartons, a été réalisé en 1971, j’avais 21ans. A l’époque, j’avais été sélectionné, en présentant cinq dessins de ce style, au Prix  international du dessin Pierre David Weill au Beaux Arts de Paris réservé aux moins de trente ans. Nous avons été une dizaine à  être exposés quai Conti pendant une dizaine de jours. C’est vrai que, lorsque aujourd’hui, je vois les mangas et autres gribouillages de dessins de BD sans consistance trop inspirés par la photo, le ciné, la télé, les clichés urbains, l’utilisation de l’informatique et l’absence de connaissance anatomique, je me dis que l’époque, dans son ensemble, manque singulièrement d’exigence, d’imagination et se satisfait de facilité, de trucages et de travail peu abouti…Ibara

Gardien de la cité atlante (peinture d’Ibara)

Gardien de la cité atlante

Peinture huile sur toile (format 1m10/80cm) de ma série « Les gardiens » réalisée pendant l’hiver 1999. Ces peintures représentent ces êtres mi-hommes, mi animaux qui étaient considérés, par la majorité des atlantes, comme des esclaves et étaient souvent très maltraités. Ayant été moi-même un atlante (j’en ai eu la preuve à de nombreuses reprises dans ma vie), j’ai toujours défendu, au péril de ma vie, ces créatures monstrueuses en apparence mais si sensibles en réalité. Ainsi, surtout l’hiver, leurs âmes gémissantes viennent me rendre visite et me protègent des dangers invisibles du commun des mortels…Ibara

L’oiseau mangeur de cerveau (grand dessin d’Ibara)

L’oiseau mangeur de cerveau

Grand dessin (format 80cm/60cm) à la plume, encre de Chine et crayons de couleurs, réalisé il y a plus de 40 ans, j’avais à peine 20 ans, je me souviens avoir participé à une exposition de groupe à Paris dont le thème était, déjà à l’époque, l’influence de la télévision sur les cerveaux humains. J’avais proposé ce dessin ainsi que deux autres que je n’ai plus aujourd’hui…Ibara

Beauté pathétique (grand dessin et texte d’Ibara)

 

Beauté pathétique

La seule vraie beauté n’est pas esthétique, elle est pathétique. C’est la lutte désespérée des êtres vivants pour survivre coûte que coûte face à un monde en putréfaction constante. Combat émouvant, éprouvant et terrifiant à la fois. Que peut-il bien y avoir derrière ce rideau noir pour que nous soyons si terrifiés à l’idée même de le soulever?…Ibara

Illustration: grand dessin (format 80cm/60cm) plume, encre de Chine, crayons de couleurs sur papier torchon et intitulé Beauté pathétique

La foudre salvatrice (texte et peinture d’Ibara)

La foudre salvatrice

L’autre nuit, j’ai fait un rêve étrange, je me présentais devant l’une des portes de la grande cité appelée Sirap, cette ville, véritable Babylone gigantesque et pornographique dont le nom, aujourd’hui est inversé, fut jadis la capitale flamboyante d’un royaume qui brillait par sa culture et en imposait par son armée. A présent, cette époque est presque totalement oubliée. Ce royaume, après avoir subi de nombreuses invasions, s’est, par la veulerie, la cupidité et la perversion de ses monarques et de ses dirigeants successifs, transformé en une région du grand jouir du pire des Empires. Arrivé donc devant l’immense portail, un soldat ou une soldate allez savoir, tout de rose vêtu(e), de la garde prétorienne et métissée du seigneur de la ville Pierre De Notre Dame De La Noey, grand maître de la confrérie et consoeurie des inversés du clair de la lune et des adorateurs du trou du cul (car le cul nie la différence sexuelle, merveilleux organe de l’indistinction des sexes, tout le monde a un cul et donc, tout le monde est enculable qu’il soit humain, animal voire végétal et dans cette société sadienne, le cul devient le symbole même de notre civilisation ultra libérale et perverse) m’interpella, sa main droite sur sa hanche droite, son bras gauche relevé avec le petit doigt dressé:

«  Halte là! Etranger à la peau blanche, que viens tu faire en ce lieu où même Lucifer n’oserait pas mettre les pieds? »

« Je suis chercheur du Pur Esprit » 

« Please! What is? Je ne comprends rien à ton charabia, es tu amateur des délices de Sodome? » 

« Non! »

« Es tu pour l’indistinction des sexes, la famille recomposée au père efféminé, à la mère tribade et à l’enfant de parents du vice et du versa? »

«  Non! »

« Es tu pour une culture pour tous et tous pour une teuf-party d’Enfer? »

« Non! » 

« Es tu adepte de la religion de Moïse, de celle de St Paul ou de celle du Prophète? »

« Aucune des trois »

« Es tu partisan de la gay pride, du vivre ensemble citoyen, du métissage obligatoire et du social solidaire, écolo, bobo? »

« Non! Je suis ultra réac, anarchiste, révolutionnaire contre productif, archaïque au possible, fier d’être hétéro »

« Pouah! Hétéro! Quelle horreur! Ce genre d’espèce existe encore? »

 puis, se pinçant le nez, il me dit:

  »Alors, d’où viens tu? »

« Mon âme vient d’un monde où tu ne pourrais pas respirer tant l’air y est pur. Je suis frère de tous les êtres libres. Je suis venu sur terre pour tenter, avec d’autres comme moi, de raccorder le Sacré à la grande Tradition perdue et redonner la fierté aux peuples menacés de déracinement et de dissolution généralisés »

« Gardes! Emparez vous de ce manant et aux fers fissa! »

A peine venait-il de dire ces mots, qu’un grondement terrifiant se fit entendre, la terre se mit à trembler, le ciel s’obscurcit subitement, puis la foudre pulvérisa en un clin d’oeil les soldat(e)s. Je m’éveillais en sueur, sur mon lit, une grande feuille de papier blanc sur laquelle était écrit en lettres de sang: Le pur Esprit est de retour, les fils de l’étoile, du quart de lune, de la croix et de Mamon n’ont plus qu’à frémir, la reconquête vient de commencer!…Ibara

Illustration: détail très grande peinture (format 2m50/1m50) de ma série des Empreintes d’étoiles et intitulée Les sept colonnes de feu

Bête sur la ville (dessin d’Ibara)

Bête sur la ville

Grand dessin à la plume, encre de Chine et crayons de couleurs intitulé Bête sur la ville. Ce dessin, que j’ai retrouvé dans mes cartons, a été réalisé en 1969, il y a 41 ans, j’avais 19 ans…Ibara

Les mangeurs d’âmes livre d’Ibara

LES MANGEURS D’AMES  d’Ibara

VISION SANS CONCESSIONS D’UN MONDE EN IMMINENCE D’INFARCTUS

Préface du Professeur Christian CABROL

 »Livre étrange, mystérieux, déroutant, dérangeant. Confession, cauchemar, délire, ou simple roman noir entrecoupé d’imprécations brutales et d’interjections rageuses ou désespérées, nées d’une peur réelle ou feinte? Le récit d’Ibara est tout cela et bien d’autres chose encore. Ne sert-il que d’exutoire au dégoût qu’inspirent à l’auteur certains aspects de notre monde actuel, ou veut-il nous transmettre une crainte issue de l’âme hypersensible d’un artiste, crainte de l’existence d’un monde parallèle invisible, impalpable, sauf à certains, monde qui nous entoure et nous mène là où lui seul sait? A chacun d’y trouver le réponse qui lui convient, mais ce livre ne laissera personne indifférent et bien peu pourront échapper au charme envoûtant et vénéneux d’une histoire troublante et baroque, servie par le talent d’un style véritable et sûr. » Christian CABROL

Editions LA BRUYERE

128, rue de belleville 75020 Paris tel: 01 43 66 16 43 fax: 01 43 66 13 62  www.labruyere.fr

sur Amazone:  http://www.amazon.fr

sur Chapitre: http://www.chapitre.com

sur Priceminister: http://www.priceminister.com

chercheur de lumière (dessin d’Ibara)

Chercheur de lumière

Pour souffler un peu et changer des caricatures et autres dessins humoristiques monstrueux, voici un dessin de ma série de tableaux et dessins intitulée « les chercheurs de lumière »Ibara

Tempus edax rerum (grand dessin et texte d’Ibara)

Tempus edax rerum (le temps qui détruit tout)

Morsure d’enfance

Silence minéral

 Le soupir en pâture

 Aux clameurs végétales

 Dernière offense aux corps en armures…Ibara

Grand dessin à la plume et encre de chine sur papier torchon et intitulé Tempus edax rerum



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