Archive mensuelle de août 2010

Quand Goya ricanait (texte et peinture d’Ibara)

Quand Goya ricanait

Quatre heure du matin. Vent du nord, violent qui retient ma course et me frappe le visage. Le ciel est dégagé. Nuit froide et étoilée à peine éclairée d’une lune minuscule. Pensées qui défilent, rapides, en pellicules d’images fragmentées et tachées. Souvenir de démons envahissants les heures sombres de ma vie quand Goya ricanait de voir ses furies aux caprices lubriques et attitudes obscènes abusant goulument de ma vitalité. Des odeurs acres d’orge brûlée, de fumier séché et de terre glacée obsèdent mes narines. Les poumons gonflés à bloc d’air rude, j’entreprends la montée d’une côte. Des phares éblouissent mes yeux. Une voiture passe en trombe. En l’espace de deux secondes, elle me frôle et m’affole. Je continue, imperturbable, ma course nocturne. Ma jambe droite est douloureuse. La femme fauve s’était jetée sur moi voulant me crucifier. Son regard de feu projetait des flammes. J’ai pu fuir ses étreintes enragées et ses baisers mortels. Le vent redouble. Je suis poussé sur le bas côté de la route. Je me ressaisis. En quelques minutes, je parviens au sommet de la petite colline. Au dessus de moi, le ciel est grandiose et magnifique. Autour de moi, à la lumière de l’aube naissante, à perte de vue, des champs ocrés et rougeoyants. Un vent terrible me soulève presque. Je suis seul au monde et je crie en levant les bras  aux astres de la nuit finissante« Odin! Odin! Viens à mon secours! » Ibara

Illustration: peinture acrylique sur toile intitulée Colère

Message de l’au-delà (texte et peinture d’Ibara)

Message de l’au-delà  

Il pleut à torrent. Une pluie lourde, presque tropicale. La maison est mal isolée. Elle pleure par endroits. Dans la chambre, la salle de bains, le couloir, l’eau coule doucement et forme des flaques de plus en plus importantes. Après avoir épongé, j’ai disposé trois récipients sous les infiltrations. Le propriétaire doit venir réparer le toit dans la matinée. En attendant, je termine une peinture. Je suis dans mon atelier. J’écoute la radio. Ils sont revenus de vacances. Université d’été du PS, les roms, la journée de mobilisation nationale du 7 septembre, les fournitures scolaires, les embouteillages, la météo…J’éteins la radio, écho d’infection mentale de ce monde infernal. Il fait une douce chaleur moite. La fenêtre est ouverte à la pluie abondante, une tourterelle vient se poser sur le rebord. Elle m’observe et roucoule. Sait elle tout ce qui préoccupe l’Humanité? Je suis convaincu qu’elle en connait plus que moi sur les mystères de l’univers. Ne dit on pas, d’après certaines anciennes croyances, que les animaux sont parfois investis par les âmes des morts afin de nous guider. Malheureusement, l’Homme d’aujourd’hui est devenu aveugle et sourd aux innombrables petits signes qui jalonnent son chemin de vie. Pour lui, tout cela n’est qu’archaïsme et foutaises. La tourterelle semble vouloir me dire quelque chose. Je m’approche d’elle, c’est alors que j’entends une petite voix qui me dit  « Si tu sors, tête de l’Art, n’oublie pas de mettre ton k-way! »Ibara

Illustration: peinture acrylique sur carton intitulée Le royaume des ombres

Emplois fictifs (dessin d’Ibara)

Femme soumise et péché originel (texte et peinture d’Ibara)

Femme soumise et péché originel

Bien avant les temps des cavernes et de la tribu, le peuple n’existait pas encore. C’était les temps purs de l’Homme qui brûlait sa vie en vainqueur des ombres et de la Femme, son égale, qui chantait ses victoires. Puis, la procréation obsessionnelle, le désir de possession et la croyance en un Dieu unique ont permis l’apparition du peuple et avec lui du pouvoir occulte de la Femme soumise. Le peuple et la Femme soumise qui veut se libérer, se ressemblent. L’Homme n’a plus rien à dire. A présent, c’est le triomphe de la Femme soumise, de la multitude imbécile, de la futilité, du suffrage universelle et de la démocratie. L’Homme est mort et avec lui l’espérance, il a été remplacé par le tueur-séducteur. Le destin de l’Humanité est confié à la majorité sentimentale et stupide qui ne choisit, manipulée qu’elle est, que des dirigeant(e)s arrivistes, cupides et corrompu(e)s qui l’auront, au préalable, séduite et obnubilée. A l’approche de ma mort, je crois entendre dans l’obscurité d’une grotte, l’écho de ma voix, c’est la seule réponse à ma mélancolie…Ibara

Illustration:  détail grande peinture (format 1m20/1m20) acrylique sur toile intitulée Les funérailles d’Ibara

Respiration (texte et peinture d’Ibara)

Respiration

Lorsqu’après une séparation,  je revoyais mon père, il me disait « Alors mon fils comment respires tu? » . Je lui répondais « Je respire papa, je respire! ».Il rétorquait en riant « Tant mieux! tant mieux! me voilà rassuré, si tu respires, c’est que tu vis ». Cela fait un bail que mon père n’est plus. Aujourd’hui, j’ai du mal à respirer…Ibara

Illustration: peinture acrylique sur toile intitulée Le fils du loup

Menace ultime (texte et peinture d’Ibara)

Menace ultime

L’urbain stupide, assassin du sacré, en héros du vide, plonge tête la première dans l’océan des morts.

Il bouffe, pleure, danse et se grise dans de macabres et pathétiques désirs.

 Tandis que là haut dans la froideur galactique, le soleil explose dans la souffrance d’une activité cosmique.

Le feu illumine la cour des miracles et du vice.

 A genoux, dans l’obscurité de la nuit, je protège mon visage avec mes mains.

C’est la fin incandescente d’un parcours stoppé net dans son éternité…Ibara

Démence (texte et peinture d’Ibara)

Démence

Oran. Année 1956. Souvent la nuit, la vieille aveugle hurlait. Elle était devenue démente et me terrorisait. En la voyant dans cet état, son mari, mon arrière grand-père qui aimait passionnément sa femme, s’est donné la mort en se faisant hara-kiri dans la cuisine avec un grand couteau. J’avais six ans. Ce jour là, ce fut un barouf de tous les diables dans l’immeuble. Tout le monde était dans l’affolement. La vieille a hurlé encore plus fort, elle crachait, vociférait et balançait des coups de poings dans le vide. D’habitude, elle restait des journées entières, ses épaules recouvertes d’un grand fichu gris, marmonnant des litanies incohérentes en espagnol, en s’arrachant les cheveux un à un, le haut de son crâne était pratiquement chauve. Plus tard, le souvenir hallucinant et terrifiant de mon arrière-grand-mère assise dans son fauteuil rouge me fera penser au tableau de Goya intitulé « Les vieilles »Ibara

Illustration: peinture acrylique sur carton intitulée La folle

La mort de Prince (texte d’Ibara)

La mort de Prince

Nous avons vécu quatorze ans ensemble sans presque jamais nous quitter. Sauf, lorsque je partais en déplacement pour présenter des spectacles loin de chez moi. Je le confiais alors à une pension pour chiens et chats où il était traité comme un pacha. On lui réservait le meilleur box, spacieux, chauffé l’hiver, du grand luxe. Il était promené tous les jours pendant une heure. Il n’était pas malheureux, loin de là, il était même heureux. Cela ne m’empêchait pas de téléphoner tous les deux jours de l’étranger pour avoir de ses nouvelles. C’était un magnifique chien berger blanc, avec juste une grande tache marron autour de son oeil droit. Je l’avais trouvé en 1994, un matin, à cinq heure lors d’une des mes courses matinales. Prince, c’est le nom que je lui avais donné. Aucun autre nom ne pouvait mieux lui convenir. Il avait la noblesse et l’aisance d’un prince. Il était beau, il était joyeux, il était innocent. En janvier 2008, cela faisait deux ans qu’il souffrait d’une tumeur à son flanc gauche. Je venais de le faire opérer. Lui, d’habitude si dynamique, il était très affaibli, très diminué. Trois fois par jour, il me fallait changer ses pansements. Il se laissait faire sagement, même lorsque cela lui faisait mal. Il souffrait aussi des reins et avait des difficultés à se tenir longtemps sur ses pattes arrière. J’ai du m’absenter deux jours pour me rendre à Toulouse pour une représentation. Le contrat étant signé, j’ai du me résoudre à demander à une dame de venir s’occuper de Prince. Pendant mon absence, je téléphonais fréquemment à la maison. A peine le spectacle terminé, j’ai repris la route pour rentrer le plus vite possible en souhaitant qu’il tienne le coup jusqu’à mon retour. Arrivé vers midi, dès la porte d’entrée franchie je l’ai appelé « Prince! Prince! c’est moi! je suis là! » j’ai couru jusqu’à la pièce où il se trouvait étendu sur une couverture. En me voyant, il tenta de se relever mais n’arrivait qu’à se traîner péniblement en battant sa queue pour manifester sa joie de me revoir. J’étais déjà couché près de lui mes bras entourant son cou, collant ma figure contre sa gueule. Ses yeux étaient grands ouverts. Il était épuisé. Il semblait pourtant ne pas souffrir. Il était digne. Il n’avait rien mangé depuis deux jours. Il n’avait bu qu’un peu d’eau. Il était chaud. Sa blessure s’était ouverte. Elle suintait, salissant de pus et de sang sa couche et le sol autour. Son haleine malade envahissait mes narines. Je le berçais. Je sentais son coeur battre fortement dans sa poitrine. Il était rassuré que je sois à ses côtés. Tout en l’embrassant je lui murmurais « Prince! mon bon Prince! je te remercie ». Il me léchait les joues, les yeux, les cheveux. Je le serrais encore plus intensément contre moi. Je savais qu’il allait me quitter. Je voulais partir avec lui, épouser sa mort, m’unir à lui dans l’éternité d’un ciel étoilé. J’inventais un air de berceuse que je lui chantais. Nous sommes restés, ainsi, longtemps, tous les deux enlacés comme deux amoureux fous l’un de l’autre. Brusquement, il sembla ne plus bouger, puis son souffle repartit doucement, faiblement. J’avais l’impression de mourir avec lui. Au bout de quelques minutes, il mourut pour de bon, ses yeux étaient grands ouverts, mais lui n’était plus là. Son âme était déjà, elle si pure, dans l’azur d’un paradis flamboyant. Je restais là, boulversé, parcouru de frissons,  n’arrivant pas à me détacher de son corps raidi. J’étais écrasé de douleur. En cascades, je libérais mes larmes que j’avais retenues par pudeur pour lui. Je n’en finissais pas de sangloter « Prince! mon bon Prince! ». Je soufflais sur la flamme de la bougie qu’avait déposée par terre la dame avant l’agonie. Je me retrouvais dans la pénombre. Dehors, une mère hurlait après son fils qui pleurait…Ibara

Lilith ou Eve? (texte et peinture d’Ibara)

Lilith ou Eve?

 Mères toutes les deux de l’origine supposée de l’Humanité. D’après la Bible, Eve succéda à la démone Lilith. Je peux dire que dans ma vie j’ai rencontré pas mal de Lilith et j’ai sacrément dégusté. Un ami m’a dit « C’était ton karma mon frère, à présent tiens toi pénard et concentre toi sur ton travail! »Ibara

Illustration: détail d’une très grande peinture (format 2m30/1m80) huile sur toile intitulée Eve

Le silence (texte et peinture d’Ibara)

Le silence

J’aime le silence. Quand je ne suis pas en déplacement, ce que j’accepte de moins en moins, je passe de longues heures dans le silence à travailler dans mon atelier. Les moments que je préfère dans la journée sont, le matin très tôt et le soir très tard, en effet, je dors au maximum quatre heures. Je me lève tous les jours, été comme hiver, vers quatre heures du matin. Dès que je suis levé, je bois un bol de café sans sucre, puis, quelque soit le temps, je pars courir une heure dans la campagne obscure. Il arrive parfois, que dans ma course de méditation matinale, je sois frôlé par les ailes glacées d’un oiseau de nuit lugubre et inquiétant, ou bien que je croise un sanglier solitaire à la masse sombre et impressionnante. Oui, j’aime le silence, surtout après une vie tumultueuse et épuisante où la brutalité des hommes, l’hystérie des femmes et mes mauvais choix ont eu raison de mes espérances. Le silence est devenu vital à ma survie, indispensable. J’aime aussi, les livres, la nature, les animaux, le calme, surtout le calme et puis peindre, écrire, dessiner, manger simplement, avec, comme seule véritable concession non obligatoire accordée au progrès, un ordinateur, qui me sert d’outil et ce blog qui est pour moi comme une sorte de petite fenêtre d’observation et d’expression sur le monde. Bien sûr, surtout pas de télé ni de cinéma. Ainsi, je tente de m’éloigner le plus possible des radiations malfaisantes de la modernité. Notre époque est malade, gravement malade. L’Homme moderne méprise le silence et avec lui, et malgré ce qu’il prétend, la Nature et le monde Animal. Transformé, par le progrès qu’il vénère, en imbécile vaniteux, l’Homme moderne ou Homme urbanisé  s’idolâtre aveuglément, il vit dans le bruit perpétuel, la fausse lumière, les fausses valeurs, le mensonge et baigne dans un océan de connerie qu’il s’est lui-même fabriqué et dans lequel il va bientôt se noyer. Sans oublier la peur chronique qu’il porte en lui comme une seconde nature qui ne le quitte jamais de la naissance à la mort. Pauvre Homme moderne poltron et tyran à la fois qui pour se protéger de ses frousses en chapelet, s’empiffre de merdes alimentaires, auditives et visuelles et grossit, grossit à vue d’oeil, jusqu’à bientôt éclater comme la panse gonflée d’une vache crevée pourrissant dans un désert surchauffé et écrasé de soleil…Ibara

Illustration: peinture acrylique sur toile de ma série des Villes oubliées

Une vie antérieure (texte et peinture d’Ibara)

Une vie antérieure

Echo qui résonne dans ma mémoire.

Désert.

Vie ancienne.

 Dans ce monastère isolé au milieu de dunes et de rocailles.

 En fournaise le jour.

 De glaces pétrifiées la nuit.

Sous la voute grandiose et étoilée.

Une cellule froide.

 Eclairée par la simple flamme d’une bougie tremblotante.

Embrumé et enivré d’encens.

 Je pleure la mort d’un frère retrouvé ce matin de Noël.

 Egorgé par des nomades.

Sont corps était déchiqueté par les vautours…Ibara

Illustration: peinture, huile sur toile, de ma série des Villes oubliées

Hymen de la Vierge (dessin d’Ibara)

L’hymen, à l’entrée du tabernacle cosmique de chaque femme encore pucelle, a le visage primitif de la Vierge ou celui de la grande Déesse Mère imaginé par toutes les civilisations depuis le paléolitique jusqu’à nos jours…Ibara

La clé de la serrure du St Sacrement (dessin d’Ibara)

Sacré Dali! (coup de coeur d’Ibara)

La serrure du Saint Sacrement (dessin et texte d’Ibara)

Le miraculé

9 décembre 1950. Les murs blancs laqués en transparence floue et l’odeur d’éther dans les narines qui pénètre les méninges avec le corps de garde en blouse blanche qui va et qui vient dans les couloirs passant d’une chambre à l’autre à pas feutrés, dans un silence concentré, toute cette ambiance donne à la clinique Sainte Anne un air de funérarium, et bien c’est là, dans cette sorte de prison glacée, que j’ai ouvert mes yeux à ce monde de damnés. C’est avec des coups à la tête, qu’ils m’accueillent les salauds! Ma mère, inonde les alentours de son sang et mon frère, me pousse vers la sortie, je suis coincé en train d’étouffer, impossible de m’extirper alors ils mettent le paquet, ils veulent m’éliminer, la décision est rapide, avec les fers, ils serrent mes tempes, ils tournent et tirent pour libérer le passage. C’est fou ce qu’ils peuvent me faire mal. Ils sont nombreux pour la réception. C’est l’accoucheur, le plus acharné et puis arrive le chirurgien, quand il voit le massacre, ma mère qui va basculer de l’autre côté et mon frère avec elle, il opte pour une césarienne, une fois celle-ci effectuée, ils me soulèvent à bouts de bras et m’examinent attentivement, puis brusquement décident que je suis mort, ils me posent alors sur une table, la tête en hématome, dans une serviette humide qui enveloppe mon corps inerte. Putain! À peine né, et déjà en phase terminale. Dans mon coin, je les entends s’agiter. Je frissonne, c’est là, qu’elle s’aperçoit que je respire, mademoiselle Lerousseau, c’est elle qui s’occupe de moi en me trempant dans une bassine d’eau froide et dans une bassine d’eau chaude, c’est elle qui me sauve. Après, bien plus tard, ils me surnommeront tous le miraculéIbara

Illustration: dessin,  crayons de couleurs sur papier aquarelle 350gr,  intitulé La serrure du Saint Sacrement

PS: ATTENTION! ÂMES SENSIBLES, BIENTÔT, LE DESSIN DE LA CLE QUI OUVRE LA SERRURE!!!!!!!!



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