Quand Goya ricanait
Quatre heure du matin. Vent du nord, violent qui retient ma course et me frappe le visage. Le ciel est dégagé. Nuit froide et étoilée à peine éclairée d’une lune minuscule. Pensées qui défilent, rapides, en pellicules d’images fragmentées et tachées. Souvenir de démons envahissants les heures sombres de ma vie quand Goya ricanait de voir ses furies aux caprices lubriques et attitudes obscènes abusant goulument de ma vitalité. Des odeurs acres d’orge brûlée, de fumier séché et de terre glacée obsèdent mes narines. Les poumons gonflés à bloc d’air rude, j’entreprends la montée d’une côte. Des phares éblouissent mes yeux. Une voiture passe en trombe. En l’espace de deux secondes, elle me frôle et m’affole. Je continue, imperturbable, ma course nocturne. Ma jambe droite est douloureuse. La femme fauve s’était jetée sur moi voulant me crucifier. Son regard de feu projetait des flammes. J’ai pu fuir ses étreintes enragées et ses baisers mortels. Le vent redouble. Je suis poussé sur le bas côté de la route. Je me ressaisis. En quelques minutes, je parviens au sommet de la petite colline. Au dessus de moi, le ciel est grandiose et magnifique. Autour de moi, à la lumière de l’aube naissante, à perte de vue, des champs ocrés et rougeoyants. Un vent terrible me soulève presque. Je suis seul au monde et je crie en levant les bras aux astres de la nuit finissante« Odin! Odin! Viens à mon secours! » …Ibara
Illustration: peinture acrylique sur toile intitulée Colère













