La paella explosive
Oran, 1955, j’ai cinq ans. Comme à son habitude ma mère crie. Aujourd’hui, elle menace de ne pas faire à manger si elle n’a pas du persil arabe pour sa paella de midi. Des invités importants sont attendus. Mon père tente de la calmer. Mon frère pleure, il n’a plus sa tétine, on lui a supprimée il y a quelques jours. Ma mère s’énerve encore plus, c’est papa surtout qui l’énerve, elle ne supporte pas sa placidité. Autant il est calme, silencieux et introverti, autant elle est excitée, hystérique et extravertie. « Tu vas immédiatement me chercher du persil au marché arabe! » qu’elle ordonne « mais enfin! ce n’est pas indispensable », sa réponse la fait littéralement exploser, elle s’empare d’une assiette et la projette contre le mur, j’en reçois un morceau sur la tête et, sans en connaitre la signification mais l’ayant entendu dire, je pousse « un merde! » retentissant. Elle s’arrête net dans sa fureur et me regarde stupéfaite, la bouche ouverte, muette. Après un court instant d’inspiration, elle se rue sur moi, me saisit vigoureusement, fonce à la cuisine, ouvre un placard, attrape le bocal de piment de Cayenne et tout en me maintenant fortement avec son bras gauche, plonge sa main droite dans le récipient, prend une bonne dose de piment et me l’enfourne brutalement dans la bouche. La brûlure est instantanée. J’ai l’impression que ma langue s’est embraser et que ma figure va s’enflammer. Mon père rapplique par derrière et essaie de me libérer, elle se retourne, lui crache dessus et lui balance un coup de pied, puis elle s’élance sur le balcon de la cuisine et me tient à bout de bras au dessus du vide (nous habitons au 3e étage). Je vois la rue dix mètres plus bas, ma bouche est en feu, ma vie est en jeu et je ferme les yeux. « Tu vas immédiatement me chercher du persil arabe ou je me jette du troisième étage avec le gosse! tu m’entends? ». D’après les invités, la paella fut excellente…Ibara
Illustration: détail d’une très grande peinture murale (format 10m/2m50)

Comment après tant d’années une simple phrase comme celle qu’employait le docteur Ihaleakala Hew Len dans son asile hawaïen et qui a pû soigner les malades qui s’y trouvaient, pourrrait-elle effacer ces mémoires de violence qui se trouvent aussi en moi?
Seule la divinité le sait et je lui demande qu’elle les efface.
Bonjour,
merci pour votre commentaire, par expérience, et je parle pour moi-même, il ne sert à rien de tenter d’effacer des souvenirs douloureux, il faut, plutôt, faire en sorte de les digérer et les utiliser ensuite comme matière de vie, car nous créons notre propre existence, et, tout comme une oeuvre peinte, si notre vie n’a pas suffisamment de matière et peu de repentirs, elle devient sans saveur et du coup, l’oeuvre n’a pas de consistance et donc n’est pas aboutie…
cordialement,
Ibara
Putain! ça fait mal ! J’ai eu une mère comme ça violente qui m’a dressé au ceinturon, au manche à balai, au talon aiguille, à la spatule à cuisine, parfois même une pierre si je courais trop vite et en plus elle gueulait tout le temps et surtout sur moi ! Mouais ! très touchant ! ça m’a fait ressurgir pas mal de choses votre texte ! Merde !
Le pire dans tout ça, ce fut mon père toujours un peu distant ! Jamais trop impliqué mais remplissant son devoir matériel vis à vis de ses gosses !
Voyez vous Ibara?
Vous le dites bien à votre commentatrice précédente
D’une enfance douloureuse (plus que ça à vous lire…) vous faites oeuvre d’art!
La peinture, magnifique et vos mots que j’ai lus en visualisant la scène, en vivant les sentiments de cet enfant.
Votre oeuvre est drôlement « consistante »
Elle brûle et embrase comme une dose de piments dans la bouche…
Bonsoir,
merci pour vos commentaires,
par expérience, ne jamais se lamenter, vivre l’instant, avoir confiance en soi,
se contenter de peu, surtout, surtout avoir de l’humour et comme le disait
Alphonse Allais » ne nous prenons pas au sérieux, il n’y aura aucun survivant ».
En 1999, ma mère, avec qui j’avais toujours eu des rapports conflictuels,est venue
vers moi lorsqu’elle a commencé à perdre la tête plutôt que d’aller vers mon frère
qui était son « chouchou », toute la famille lui avait tourné le dos. Lorsque je
l’ai vu dans sa détresse, je me suis effondré en pleurs. Pendant dix années je
me suis occupé d’elle, elle est morte dans mes bras le 2 juin 2009, je l’ai
enterrée comme une reine. C’est la seule et unique chose dont je serai fier dans
ma vie.
Aujourd’hui, je remercie le ciel d’avoir eu une mère comme elle…
Amicalement,
Ibara
merci Ibara pour ce témoignage
La paix, la paix profonde se trouve dans le pardon…
Je pensais avoir pardonné à une mère déficiente, en vous lisant je m’aperçois que j’ai encore un fameux chemin à faire
(je suis allée sur votre site… j’ai vu votre façon de peindre en « écoutant » vos tripes… c’est prodigieux…)
Il me semble, à avoir vu votre façon de peindre sur vos vidéos, que vous transformez beaucoup l’ énergie surgissante pour enfin arriver à une oeuvre aboutie. c’est en celà qu’il pourrait être question d’ » effacer » ou plûtot de » nettoyer selon le terme utilisé par Hew Len « . Et c’est ainsi que votre oeuvre peut finalement devenir une oeuvre inspirée.
Pour ce qui est de la consistance ou non d’ une vie, je ne me permettrai pas d’ apréciation.
Bonne soiré
Avoir de l’ humour et ne pas se prendre au sérieux, oui, totalement.
Bonne soirée
BONSOIR MR IBARA
J AI PASSE UN MOMENT FANTASTIQUE!!!!
VOTRE FACON DE RACONTER TOUTES VOS GALERES AVEC TANT HUMOUR……..VOTRE PHILOSOPHIE DE LA VIE…………………
J AI PRIS NOTES…..
PRENDRE:
NOS PEINES …NOS SOUFFRANCES….NOS CICATRICES DE LA VIE EN FAIRE DES SUPPORTS POUR SE GRANDIR LE PLUS POSSIBLE ….
AVEC TOUTE MA SYMPATHIE !!
ISABEL