Trois en un
En manque
La scène se passe dans la salle d’attente d’un cabinet dentaire. Nous sommes deux à attendre notre tour. Je suis tranquillement assis en train de lire « Fragrans feminae » de mon ami Félix Niesche quand une grosse dame (un peu dans le genre de celles que je dessine) en face de moi brusquement m’interpelle.
-Monsieur! Le temps est venu de dire les choses.
-Pardon chère madame, que voulez vous dire? dis-je surpris après avoir levé la tête.
-Je veux dire que ce que je vais vous dire est d’une importance capitale.
-Ah bon! Je vous écoute et suis tout ouïe.
-Lulu est morte par votre faute.
-Qui est Lulu et pourquoi serais-je responsable de sa mort? Réponds-je étonné.
-Allons ne faites pas l’ignorant et ne me prenez pas pour une imbécile je vous prie. Vous savez pertinemment qui est Lulu, tout comme vous savez qu’elle est morte à cause de vous.
-D’abord, qui êtes vous pour m’accuser ainsi? Je ne vous connais pas, pas plus que je ne connais cette Lulu.
-Monsieur, je vous demande d’être poli, de garder votre calme et d’avoir le courage d’avouer votre crime!.
-Un crime! Mais vous êtes folle! ça va pas la tête! Je n’ai jamais tuer personne de ma vie moi! Mais que me voulez vous? Que cherchez vous? Je rêve! J’hallucine! Vous êtes ivre! Maboule! Complètement givrée, toquée, siphonnée ma parole!.
-Ah! Puisque c’est comme ça que vous le prenez!…
Elle n’a pas le temps de terminer sa phrase que la porte de la salle d’attente s’ouvre, l’assistante du dentiste apparaît et dit:
- Madame Bousquet c’est à vous!..
C’est alors qu’avant de sortir la grosse dame vient vers moi et me murmure:
-Cher monsieur ne vous formalisez pas, mais que voulez vous ça fait trois mois que nous sommes séparés mon mari et moi. Il est parti ce salaud vivre avec ma garce de cousine. Nous nous querellions continuellement et comme je le tiens en plus pour responsable de la mort de ma petite chatte Lulu, dès que je suis seule en présence d’un homme, je ne peux pas m’empêcher de faire semblant de me disputez avec lui. Plus que mon mari, c’est les conflits qui me manquent!…Ibara
Dommage
Samedi dernier à la sortie d’une librairie je rencontre Bernard. Il me dit que sa femme Sophie qui est bipolaire et souffre de dépression chronique a tenté récemment de se suicider. Après deux semaines d’hospitalisation, elle vient de rentrer à la maison. Il m’avoue enfin que pendant toute son absence il se sentait beaucoup mieux et avait l’impression de rajeunir. Un peu culpabilisé il me demande ce que j’en pense. Je lui réponds: -«Dommage pour vous qu’elle se soit ratée». Ma réponse a semblé le soulager…Ibara
Lucidité
Elle vient d’assister à mon spectacle de peinture en direct. Elle doit avoir dans les trente cinq ans. Elle me dit qu’elle est professeur agrégée de philosophie et qu’elle a une licence de psychologie. Elle commence alors dans un charabia freudien à vouloir analyser ma prestation. Elle me gonfle mais j’ai de l’éducation et par politesse je ne montre rien. Ma patience ayant tout de même des limites je finis par lui balancer:
-Voyez vous chère agrégée, vous êtes bien jeune, bien mignonne et apparemment très savante. Vos propos ont la puissance des éjaculations précoces d’un ado anémié et vos phrases se terminent toujours en avortements qui ont mal tourné. Vous baignez malheureusement et certainement depuis votre enfance, dans les eaux infécondes du virtuel immonde. Vous êtes à mes yeux qu’une approximation de ce qui pour moi devrait être l’idéal humain dans un monde qui se prétend hautement civilisé. Malheureusement la société actuelle prétendument démocratique, a cette capacité inouïe de fabriquer des millions d’abrutis diplômés, des millions de frustrés, des millions d’aigris, des millions de malades mentaux, des millions d’hypocondriaques, des millions d’êtres sans saveur, en réalité des millions de damnés totalement dénués de cette capacité à ressentir ce frisson particulier qui permet à l’individu accompli d’atteindre les cimes de l’implacable lucidité de l’instant…Ibara

« Vos propos ont la puissance des éjaculations précoces d’un ado anémié et vos phrases se terminent toujours en avortements qui ont mal tourné »
HAHAHAHAH J’adore et vous êtes même trop poli…
Pour ce qui est de votre deuxième exemple, je suis moi-même sortit avec une fille « bipolaire » (une tarée quoi !! assez des euphémismes politiquement correcte)qui elle aussi me menaçait de suicides divers…bref lorsqu’elle me quitte (oui je sais c’est un comble) tous mes amis m’ont fait la remarque «tu as bonne meilleur mine toi depuis que tu est célibataire »
Cela pourrait s’intituler « histoire de vampires », mon cher Ibara. Suite logique à l’histoire du fossoyeur qui fait des pâtés de gens….
superbe illustration, quant à vos textes c’est toujours un plaisir de vous lire, clarté et précision
Truculent, voilà, c’est le bon mot !
C’ est du joli Ibara, une victime de plus: je suis morte de rire.
@Cher Architecte,
@Chère Plume,
@Cher Rémi55,
@Chère Marie,
@Chère Orfeenix,
merci pour vos commentaires,
petites histoires du quotidien si vraies qu’elles sont à peine imaginées…
Amicalement à vous,
Madame Dubout a bien besoin de conflit pour compenser l’absence de son gringalet de mari.
Il a bien fait de se tirer avec sa cousine.
Pauvre Lulu, la chatte morte.
Bipolaire : quand le plus et le moins se touchent cela fait un court circuit.
C’est le seul cas, j’imagine, où les femmes sont logiques.
Agrégée de philo et licence de psycho.
Dites-moi un peu, Cher Ibara, vous les attirez, ce n’est pas possible autrement.
Ou bien l’extrême de vos spectacles les subjuguent.
Ce doit être ça, expliquer ce qu’elle ne comprenait pas.