L’indicible chose (texte et peinture d’Ibara)

peinture acrylique sur toile intitulée « Solitudes » (format:1m/1m)

L’indicible chose

Ce matin, vers trois heures, alors que je travaillais dans mon atelier, j’ai assisté, paralysé par la peur, à quelque chose de terrifiant. Un phénomène si effrayant, qu’il m’est très difficile de trouver les mots pour en relater les faits, tant cette manifestation, à l’évidence surnaturelle était incroyablement inimaginable. Quelque chose de si abominable que je me demande encore par quelle mystérieuse puissance intérieure mon corps et mon âme ont pu résister à une telle conflagration émotive.

La vision d’horreur était à ce point si insoutenable que je me suis posé la question, après que cette abjection visuelle se soit dissipée, de savoir si cette abomination n’était pas le fruit de mon imagination habituellement si fertile en chimères et extravagances de toutes sortes. Pourtant, et même si c’était le cas, ce dont je doute fort, le bouleversement ressenti était tel, qu’il restera à tout jamais gravé en moi comme le sceau du plus effroyable et maléfique choc émotionnel qu’un homme, même fortement aguerri, puisse soutenir.

Ce matin donc vers trois heures, j’ai vu, vu, de mes propres yeux vu, ce qui s’appelle vu!…. Et puis, non, vraiment, non, je ne peux vous le dire. Je ne peux endosser une telle responsabilité, seul, l’avenir, très bientôt vous le dévoilera...Ibara

Autoportrait (dessin d’Ibara)

« Autoportrait » (dessin encre de Chine et crayon blanc)

Trois heures du mat

Tâches noires 

Encre de Chine

Blanc d’Espagne

Aller-retour

Miroir

Délicatesse

Et

Désespoir…

Ibara

Il ne le savait pas (texte et peinture d’Ibara)

« Arbre aux fleurs blanches » peinture acrylique sur toile (format: 1m/1m)

Il ne le savait pas

A quelques pas de là

La mort l’attendait

Mais il ne le savait pas

Assis à la terrasse d’un café

Il rêvassait au temps passé

Devant un citron pressé

Il regarda sa montre

Il était temps d’y aller

Il héla le garçon

Régla l’addition

Puis il se leva

Au feu rouge

Il traversa la rue

Une voiture de pompier

Toute sirène hurlante

Le percuta

A quelques pas de là

La mort l’attendait

Mais il ne le savait pas…

Ibara

Libre! (peinture d’Ibara)

Grande peinture acrylique sur toile (format: 1m10/1m10)

Pour cette toile, je n’ai utilisé que du noir, du blanc et un peu de rouge pour faire le petit personnage…

Survivre pour mourir (nouvelle et peinture d’Ibara)

peinture acrylique sur toile de la série intitulée « Arbres imaginaires »

Survivre pour mourir

Pierre a tué sa femme. Deux coups de marteau sur la tête ont suffi. Elle avait une petite tête. Elle n’a pas souffert. Il en est certain. Juste, elle a un peu couiné. C’est tout. Après l’avoir tuée, il a découpé le corps de sa moitié qui faisait le double de son corps à lui, en huit morceaux plus ou moins équivalents. Pour ce travail délicat, de découpage et de désossement, il s’est aidé d’une scie à métaux, de tenailles et d’un cutter. Il a ensuite rangé chaque morceau, enveloppé de papier aluminium et de plastique, dans le congélateur coffre de stockage professionnel CF 900 acheté en promo chez Metro avant le grand effondrement pour 1270€ HT seulement. L’appareil  fonctionne grâce à un générateur de courant fabriqué avec des batteries de voiture. Pour ranger chacune des parties du corps de sa femme, Pierre a du effectuer plusieurs allers-retours. Le congélateur étant situé au fond de l’abri, dans une pièce non chauffée. Il a également récupéré le sang et les viscères de sa femme pour en faire du boudin. Quant aux os, il compte les broyer plus tard et les conserver dans une boîte en fer. Comme à son habitude lorsqu’il fait quelque chose, Pierre a effectué toutes ces opérations avec méthode, sérieux et, concernant sa femme, avec le plus grand respect. Après tout il lui doit bien ça. Certes, avant qu’elle ne perde la tête, Martine était parfois chiante mais elle était bosseuse et avait bon cœur. Pour Pierre, cela avait été très douloureux de prendre la décision d’occire sa femme. Vingt ans qu’ils étaient mariés. Ce n’est pas rien! Heureusement, ils n’ont pas eu d’enfants. Pierre n’en a jamais désiré. Il déteste les enfants. Au fil des années, Martine avait fini par renoncer à en avoir. Elle aimait tellement son mari. Elle ne voulait pas le contrarier.

Depuis cinq ans, Pierre pressentait que le système économique et social allait s’effondrer. Aussi avait-il pris toutes les mesures nécessaires pour se préparer à la catastrophe à venir. Il avait tout d’abord suivi des cours de techniques de survie. Puis, il avait entrepris de construire lui-même un grand abri souterrain au fond de son jardin. Une fois la construction terminée, qui lui avait demandé plusieurs semaines de travail, il avait fait des réserves de nourriture, de boissons diverses et d’eau potable en grande quantité. Concernant l’énergie, l’hygiène et la santé, il avait fait en sorte de stocker tout le matériel nécessaire pour pouvoir faire face aux besoins d’urgence, indispensables en cas de circonstances exceptionnelles. Enfin, il avait réussi, non sans mal, à se procurer des armes et des munitions grâce à un ami d’enfance qui travaillait dans la police.

A la fin de l’année 201?, la situation en France s’était subitement dégradée. Des émeutes avaient éclaté un peu partout sur le territoire. Le Président de la République avait été assassiné ainsi que des ministres, des politiques de tous bords, des journalistes, des intellectuels et même des stars du show-business. Le peuple était devenu fou d’une colère terrible accumulée depuis des décennies. Il semblait que rien ne pouvait l’arrêter, et pour couronner le tout, une redoutable épidémie de peste, résistante à toutes thérapies s’était subitement déclarée. Le fléau se propageait à la vitesse d’un incendie de forêt infernal que rien ne pouvait maîtriser. En quelques jours les victimes se comptaient par milliers. Devant l’ampleur du désastre, Pierre et Martine avaient décidé, le 26 février 201?, de fermer leur maison et de se réfugier dans leur abri souterrain dont la trappe d’entrée était dissimulée sous un amas de branchages et d’épais feuillages.

Pourtant, un problème majeur devait surgir très vite. En effet, vivre dans cet espace confiné, rendait Martine de plus en plus irascible. Plusieurs fois par jour, elle était prise de crises de panique incontrôlables qui l’épouvantaient. A la longue elle en était devenue folle. Elle n’était plus bonne à rien. Elle ne pensait qu’à dormir et s’empiffrer. Sans compter qu’elle se laissait aller et devenait violente. Pour Pierre cette situation était devenue insupportable et compromettait sérieusement ses propres chances de survie à lui. Aussi, malgré son amour pour Martine, il lui devenait impératif de se débarrasser d’elle. Elle était devenue inutile, dangereuse et encombrante. Dehors, épidémie et violence faisaient rage. Partout régnaient la désolation, la fureur et le chaos.

Éclairé d’une lampe à pétrole Pétromax, assis dans un fauteuil de camping Trigano beige-gris acheté sur internet 39€, un verre de whisky de la marque australienne Sullivans Cove à la main, Pierre est seul, terriblement seul. Il est coupé du monde. Plus aucun contact n’est possible. A présent que le sort de sa femme a été résolu, Pierre ne sait comment les choses à l’extérieur évoluent. Les vivres commencent à manquer. Tous les moyens de communications ont été détruits. Il craint de sortir. La dernière tentative s’était soldée par un échec. C’était il y a deux semaines. Il souhaitait se rendre dans la maison pour récupérer des vêtements et des couvertures. Il était revenu terrorisé. La maison avait brulé et des cadavres carbonisés jonchaient le sol.

Pierre est triste. Il pense à Martine. Pauvre Martine, dire que grâce à elle, il va pouvoir survivre encore quelques jours. Pierre murmure: « Martine je t’aime! ». Puis il se lève pour se faire à dîner…

Ibara

L’arbre noir (création en direct par Ibara)

Création d’une oeuvre en direct. Technique utilisée, la plus simple possible, fusain et peinture noire.

Métamorphose (texte et peinture d’Ibara)

peinture acrylique sur papier noir de la série « Les hommes rouges »

Métamorphose

Il est cinq heures de l’après midi.

Le soleil s’amuse à cache-cache avec les nuages.

Un petit vent frais, fort agréable, caresse mon visage émacié rasé de près.

Je suis assis à la terrasse de la brasserie « Le Globe ».

J’ai commandé un citron pressé.

Pour me donner une contenance je fais semblant de lire « Plateforme » de Michel Houellebecq.

En vérité j’ai déjà lu le livre.

J’aime bien Houellebecq.

La médiocrité étudiée de sa personne a de la grandeur.

Il est le « Colombo » des lettres.

Son style d’écriture me touche.

Je ressens les affres de l’écrivain.

Il doit certainement souffrir de problèmes gastriques et certainement aussi de problèmes respiratoires.

Pour l’instant, le spectacle de la rue m’attire plus que la lecture.

Je suis un voyeur.

Mais un voyeur non libidineux.

Le va et vient des êtres humains dont je fais partie me fascine toujours autant.

Leurs gesticulations vaines, leurs espérances toujours déçues et leur capacités inouïes à avaler des couleuvres, m’épatent toujours aussi fortement et font, qu’à la fois je les admire et les déteste au plus haut point.

En quelques années, la morphologie et le mental d’une grande partie des gens ont changé.

L’excès de progrès est en train de les métamorphoser physiquement en pachydermes abrutis.

Quant à leur psychisme, ils sont tellement accros aux nouvelles technologies, qu’ils en deviennent paradoxalement de plus en plus arriérés.

C’est à croire que le trop plein de civilisation rend astronomiquement con.

Je suis tout à mes réflexions quand, je sens que quelqu’un derrière moi me regarde.

Je tourne légèrement la tête sur ma gauche.

En effet, j’aperçois à deux tables en arrière un individu de type incertain, sorte de synthèse d’asiatique, d’occidental et d’africain, vêtu de noir, qui me fixe avec intensité.

Un frisson glacé parcourt en un éclair ma colonne vertébrale.

Investi par l’émotion, je me retourne en moins de deux

et fais semblant de me plonger dans la lecture de mon livre.

Mais, poussé par la curiosité, je me retourne encore une fois et c’est alors que je constate effaré, que l’inconnu a disparu.

Sur la chaise où il était assis, un énorme rat noir a pris sa place…

Ibara

Portrait de Fiodor Dostoïevski (peinture d’Ibara)

Portrait de Fiodor Dostoïevski (peinture d’Ibara)

Fiodor Dostoïevski

1821-1881

romancier

« Je suis sûr de moi. L’homme est un mystère. Il faut l’élucider, et si tu passes ta vie à cela, ne dis pas que tu as perdu ton temps; je m’occupe du mystère car je veux être un homme. » Fiodor Dostoïevski (correspondance)

Illusion (texte-peinture-Ibara)

peinture acrylique sur papier de la série « Les hommes rouges d’Ibara »

Illusion

La nuit, tous les chats sont gris.

Mais le jour, les chats gris sont minoritaires.

C’est comme en démocratie.

La majorité n’est que l’ombre portée d’une minorité qui maintient la vraie majorité dans l’illusion d’une vérité…

Ibara

Et pour quelques neurones de moins (texte-peinture Ibara)

peinture acrylique sur papier de la série intitulée « Les hommes rouges d’Ibara »

Et pour quelques neurones de moins

Devant sa tablette Samsung, connectée à sa page Facebook, elle est désespérée.

Elle vient de se rendre compte que certains de ses amis n’ont pas aimé son dernier selfie.

Du coup, désorientée, elle se pose des questions existentielles.

Qui suis-je?

Où vais-je?

Quand rencontrerais-je le grand amour?

Elle a voulu en avoir le cœur net.

Elle a d’abord sorti son petit cerveau de sa boite crânienne.

Elle a ensuite entrepris d’en comptabiliser les quelques neurones qui lui restaient.

Au bout d’un certain temps elle a fini par s’assoupir.

Son chien passait par là.

Un labrador roux, un peu con sur les bords.

Ni une, ni deux, du cerveau de sa maîtresse, l’animal se délecta…

Ibara

La chambre N°16 (texte et peinture d’Ibara)

peinture acrylique sur papier de la série intitulée « les hommes rouges d’Ibara »

La chambre N°16

Tous les après-midi, été comme hiver, sept jours sur sept, il allait, sur sa mobylette bleue, voir sa femme à l’«Éclaircie», une maison spécialisée pour déficients mentaux.

Elle avait 72 ans.

Il en avait 73.

Depuis trois ans, elle souffrait de la maladie d’Alzheimer.

Réglé comme une partition, il arrivait au parking de l’«Éclaircie» à 15 heures précises, garait sa mobylette bleue et retirait son casque jaune.

A 18 heures précises, il repartait du parking de l’«Éclaircie».

Quand il entrait dans la chambre N°16, c’était l’heure de la sieste.

Il prenait une chaise et s’asseyait devant le lit où était couchée sa femme.

Elle dormait.

Il restait là, silencieux.

Il la contemplait dormir.

Malgré son âge elle ressemblait à une madone.

De longs cheveux gris ruisselaient sur son chemisier blanc.

Elle respirait doucement.

Des autres chambres parvenaient parfois des cris de malades et d’autres bruits qu’il finissait par ne plus entendre, tellement ils lui étaient devenus familiers.

A 16 heures, une aide soignante entrait dans la chambre pour le goûter.

Elle poussait un chariot rempli de petits pots de compote de pomme et de petits paquets de biscuits.

Elle déposait la compote et les biscuits sur la table de chevet.

Elle lui disait bonjour.

Il répondait à son bonjour.

Elle lui souriait.

Il lui souriait.

Puis elle ressortait.

Il réveillait sa femme avec douceur.

Il l’installait le plus confortablement possible.

Il maintenait son buste bien droit grâce à deux gros oreillers qu’il avait placés dans son dos.

Il lui mettait une serviette de table rose autour du cou.

Il lui faisait boire quelques gorgées d’eau minérale.

Il lui donnait ensuite la compote de pomme avec une cuillère à café.

A chaque cuillerée, il essuyait la bouche de son épouse avec la serviette qu’elle avait autour du cou.

Il terminait en lui donnant les biscuits qu’il avait préalablement brisés dans sa main.

Après le goûter, il pliait soigneusement la serviette de table rose et la rangeait dans le tiroir de la table de chevet.

Puis, il allait à la salle de bain chercher un gant de toilette qu’il humectait d’eau fraiche.

Il passait le gant de toilette sur le visage de sa femme.

Il retournait à la salle de bains et déposait le gant de toilette sur le rebord du lavabo.

Il faisait tout cela en lui parlant avec tendresse et gentillesse.

Elle le suivait tout le temps des yeux.

Aucun de ses gestes ne lui échappaient.

Elle le regardait comme si à chaque instant elle venait de faire sa connaissance.

Elle semblait si lointaine et si proche à la fois.

Seule l’étincelle de ses prunelles témoignait de son intemporelle présence.

A 17 heures, il s’asseyait sur le bord du lit et lui lisait des poèmes ou des pages de littérature classique.

Elle fermait les yeux et se laissait bercer par la voix mélodieuse et profonde de son mari.

Systématiquement elle s’assoupissait et finissait par s’endormir.

A 17 heures et 58 minutes, il embrassait sa femme sur le front.

Il fermait avec délicatesse la porte de la chambre derrière lui et retournait au parking de l’«Éclaircie».

A 18 heures précises, il mettait son casque jaune, enfourchait sa mobylette bleue et rentrait chez lui.

Le 8 août 2014 à 15 heures précises, il n’y avait pas de mobylette bleue sur le parking.

Le personnel de l’«Éclaircie» s’en inquiéta fortement.

A partir de 15 heures et 15 minutes, ne le voyant pas arriver, l’infirmière en chef téléphona à plusieurs reprises chez lui.

Personne ne décrocha. 

A 16 heures, quand l’aide soignante entra dans la chambre N°16 pour le goûter, elle constata que la vieille dame aux longs cheveux gris avait disparu…

Ibara

Le passant (peinture d’Ibara)

peinture acrylique sur papier

Au coeur de la nuit

Un homme rouge

passe sans bruit

Infrarouge…

Ibara

Nouveau site Ibara

peinture acrylique sur toile (format: 80cm/40cm)

Je vous invite à visiter mon nouveau site

 www.ibara.weonea.com

ce site, qui sera régulièrement mis à jour, a été conçu par Catherine Labare

Une poire (peinture d’Ibara)

« Une poire » (peinture huile sur toile)

Un soir

Une poire

Sur un comptoir

Rouge et noir…

Ibara

Portrait de Marcel Proust (peinture d’Ibara)

Portrait de Marcel Proust

Marcel Proust

écrivain

1871-1922

La fenêtre de l’atelier est grande ouverte.

Le soleil investit de tous ses feux une grande partie des lieux.

Au loin, j’aperçois quelques nuages, comme des éléphanteaux blancs, à la queue leu-leu, qui courent dans le ciel bleu.

Je suis en train de dessiner et j’écoute en même temps la radio.

Un type parle de Proust.

Et Proust par ci

Et Proust par là.

Marcel, la madeleine, Swann, le temps perdu, Albertine disparue, tante Léonie et tous les autres me font chier!…

Ibara